Quel lieu de cinéma est aussi propice à la création que le sous-marin ? Ces véhicules aquatiques, qui ont d’abord été dans l’histoire pensés pour la découverte scientifique avant d’être militarisés par les armées des grandes puissances, sont devéritables noeuds dramaturgiques. D’abord, le sous-marin est caractérisé par une étroitesse – à la fois en tant qu’espace filmique et espace vital – qui impose une proximité claustrophobe aux hommes (et presque exclusivement des hommes, sauf dans de rares cas, comme Les Maudits).
L’esthétique du genre permet de mettre en lumière cette cohabitation forcée, qui encourage chaque soldat à la camaraderie (Le Bateau - Das Boot), car le moindre désordre peut coûter la vie. Les dangers qui emplissent le hors-champ à l’extérieur du sous-marin sont multiples. Les océans, immenses et irrespirables, seraient déjà assez menaçants sans les torpilles et autres armes de guerre qui font le sel des affrontements en mer… Sans parler des plus récentes évolutions des sous-marins, qui en font de véritables bombes nucléaires (K-19 : le piège des profondeurs).
Face aux crises multiples qui traversent le quotidien des protagonistes du cinéma de sous-marin, la meilleure arme est souvent la moins sanguinaire qui soit, et pourtant la plus difficile à employer sous la surface : la communication, c’est-à-dire le fondement de ce qui fait de nous des êtres humains. Car l’inconnu et l’obscurité des profondeurs marines sont aussi le territoire des malentendus, des incompréhensions et des doutes. Le travail sur le langage de John McTiernan dans À la poursuite d’Octobre rouge, tout comme la mise en scène du respect mutuel construit entre les adversaires américains et allemands dans Torpilles sous l’Atlantique, permettent ainsi de ramener le genre du film de sous-marin à sa véritable essence : une exploration spectaculaire de la nature humaine.
Renaud Besse-Bourdier
Programmateur