Cette fiction réalisée à l’aide de l’IA générative, l’arme de propagande visuelle par excellence des conflits géopolitiques contemporains, a pour objectif de faire pression sur un territoire très convoité. Un territoire convoité par la Chine depuis 1949, mais aussi par le Japon qui l’a occupé jadis, et par les États-Unis qui fournissent des armes aux forces militaires taïwanaises. L’île est, bien malgré elle, le coeur et le théâtre des rivalités internationales en Asie du fait d’une histoire mouvementée et complexe, faite de conquêtes et d’invasions multiples sur ces derniers siècles. Pour comprendre Taïwan, il faut mettre de côté les productions IA de la Chine et explorer son septième art. C’est ainsi que l’on apprend à connaître l’île comme un lieu de vie, aux réalités plurielles?
Avant de développer sa propre industrie, Taïwan a d’abord été le théâtre de productions étrangères venues de Hong Kong, utilisant ses paysages pour raconter les grandes aventures guerrières de la Chine d’antan (Dragon Inn). Dans les années 1980, le pays connaît sa Nouvelle Vague et voit apparaître ceux qui rejoindront les plus grands noms du cinéma international. Edward Yang, Wan Jen ou Hou Hsiao-hsien filment le quotidien des Taïwanais sans jamais perdre de vue la guerre et ses spectres qui se cachent dans le hors-champ (Poussières dans le vent et son passage sur le service militaire, Sandwich Man et la présence américaine sur l’île). En 2000, le film Yi Yi vient clore cette période de la Nouvelle Vague en se faisant la somme de toutes les contradictions et tensions qui pèsent sur les familles taïwanaises. Et pourtant, on retrouve des enseignements de son esthétique et de ses récits jusqu’aux oeuvres contemporaines (Happiness Road, mais aussi le film Before the Bright Day, présenté en compétition). Aujourd’hui, le cinéma de Taïwan regarde en arrière pour mieux raconter son présent, mais aussi comme une forme de résistance : les images sont ses armes.
Renaud Besse-Bourdier
Programmateur