Que peut le cinéma dans la représentation de l’altérité ? L’axe de ce cycle tient à deux pôles : l’empathie envers les animaux et la tentative de compréhension de leurs émotions et de leurs systèmes de communication. Mais ne confondonsnous pas les deux, afin de justifier un manque d’empathie par un manque de compréhension ?
À l’heure où l’IA promet de pouvoir déchiffrer des langages animaux, qu’auraient-ils à nous dire, si ce n’est le partage de souffrances qu’on peut déjà aisément deviner ? La monstration du hors-champ habituellement confortable des abattoirs (Gorge coeur ventre) renvoie le lieu et ses occupants à sa pure donnée. mécanique, à une mort industrialisée dont les responsables cherchent une alternative dans leurs rêves (Corps et âme). C’est aussi l’occasion d’interroger la manière dont le septième art synthétise l’importance et les limites de l’anthropomorphisation, notamment dans la tendance du documentaire fictionnalisée (La Grande aventure). Doit-on y voir une passerelle pour nous rapprocher de l’animal, ou le détournement de sa nature véritable, parasitée par notre égocentrisme ? Steven Spielberg et Jerzy Skolimowski trouvent à ce titre un équilibre idéal dans Cheval de guerre et Eo, en laissant le silence et la “neutralité” de la caméra personnifier leur héros, dont le regard pur ne peut que constater la violence qui l’entoure. De son côté, George Miller adapte son goût des récits mythologiques universels à un manchot (Happy Feet), tout simplement parce que ces parcours et leurs obstacles sont structurés par ce que nous partageons tous : la naissance, la mort, et l’empathie que l’on choisit – ou non – d’avoir pour l’autre dans « cette désolation qu’est le monde », pour reprendre un autre chef-d'oeuvre de George Miller : Mad Max : Fury Road.
Antoine Desrues
Programmateur