LA GUERRE VUE PAR... ISTVÁN SZABÓ



 

Toute la filmographie d’Istvan Szabo est hantée par la guerre, par les guerres. Né à Budapest avant la Seconde Guerre mondiale, il n’a cessé d’interroger l’histoire de son pays, de l’Empire austro-hongrois à la république de Hongrie d’aujourd’hui en passant par celle soumise au nazisme puis au stalinisme. Le thème de la figure de l’Artiste obligé de se compromettre face au pouvoir traverse son œuvre. Au moins trois films, parmi les cinq proposés ici, l’illustrent parfaitement : Méphisto, Hannussen et Le cas Fürtwangler. Trois hommes, les deux premiers incarnés par l’immense acteur autrichien Klaus-Maria Brandaueur, le troisième par le grand acteur suédois Stellan Skarsgaard.

Méphisto (1981), adaptation du roman de Klaus Mann, raconte le destin d’un acteur proche des communistes qui par opportunisme et une succession de compromis devient le grand acteur du régime nazi. « Mes yeux ne sont pas mes yeux, mon visage n’est pas mon visage, mon nom n’est pas mon nom » dit-il. Qui est-il donc ?

Le Colonel Redl (1985) deuxième film de la trilogie de guerre d’Istvan Szabo avec l’acteur Klaus Maria Brandauer est peut-être le plus troublant. Redl n’est pas un artiste mais un homme de condition très modeste, homosexuel, qui parvient grâce à ses dons et son attachement à l’Empire austro-hongrois à s’élever dans la hiérarchie militaire. Chargé de fabriquer un complot, dont la répression permettra de souder l'unité de l'armée, il dresse le profil du comploteur idéal, jusqu'à ne plus pouvoir écrire qu'un nom sous le portrait robot : le sien. «Redl est le frère de Méphisto, déclarait le metteur en scène à la sortie du film. Il cherche à se construire une nouvelle identité pour réussir dans la société ». Peut-il continuer à vivre ?

Dans Hanussen (1988), à la fin de la Première Guerre, le caporal-chef Klaus Schneider, blessé à la tête, se découvre des dons d’hypnotiseur et de voyant. Il choisit le spectacle pour vivre de ses dons. Personnage fantasque, il prédit l’arrivée d’Hitler au pouvoir. Les Nazis s’intéressent alors à lui. Mais quand il prédit l’incendie du Reichstag, ils prennent peur. Quel jeu joue-t-il ?

Dans le Cas Fürtwangler (2002), adapté d’une pièce de théâtre, Istvan Szabo filme la confrontation entre un militaire américain - ancien agent d’assurances - et Wilhem Fürtwangler, chef d’orchestre de génie qui a continuer à exercer son art sous le régime nazi. Mais peut-on comme le prétend le grand chef d’orchestre allemand tout vouer à son art au mépris du politique ? L’Art est-il supérieur à tout et autorise-t-il tous les compromis ?

Confiance (1980), Bizalom en hongrois, est un film plus rare. C’est pourtant celui qui a ouvert au cinéaste les portes d’une carrière internationale. C’est un film magnifique. Un film de guerre en chambre. A prendre au sens littéral. Pendant l’occupation nazie, un homme et une femme, qui ne se connaissent pas, et sous une fausse identité l’un et l’autre, doivent passer pour un couple marié. Ils se retrouvent à vivre pendant plusieurs mois dans une même chambre d’un pavillon de la périphérie de Budapest. L’homme, résistant plus aguerri se méfie de la femme. Chacun ne connaissant l’autre que sous sa fausse identité. Mais qui est l’autre ?

La guerre, selon Istvan Szabo, est aussi la guerre contre soi-même.

- Olivier Broche


---

LES FILMS  


HANUSSEN (1988) – Hongrie

COLONEL REDL (1985) – Hongrie

MEPHISTO (1981) – Hongrie

CONFIANCE (1979) – Hongrie

TAKING SIDES, LE CAS FURTWÄNGLER (2001) - France/RU/ Allemagne/Autriche

   

Carte blanche à Istvan Szabo 



LA GRANDE ILLUSION de Jean Renoir (1937) – France


Partenaires Institutionnels
MINISTERE-DE-L-EDUCATION REGION GRAND EST CHALONS-AGGLO   
 CNC-DEVELOPPE  VILLE--DE-CHALONS Label centenaire   ECPAD  LA-COMETE  

EnregistrerEnregistrer